Vues panoramiques d’un aller-retour entre un cabinet privé et un service juridique d’entreprise
Avocate de formation internationale qui est passée d’une pratique privée à une pratique en entreprise et vice-versa, Lotus Menezes partage les meilleurs conseils des deux mondes en s’appuyant sur un parcours professionnel qui traverse les juridictions, les industries et les domaines juridiques, façonné par une collectivité professionnelle inébranlable.
Ma carrière juridique m’a amenée à traverser les juridictions, les industries et les identités professionnelles : cabinet privé en Tanzanie et en Afrique du Sud, service juridique d’entreprise à la Barrick Mining Corporation, cabinet privé au Canada et, aujourd’hui, création de ma propre organisation professionnelle, en tant qu’avocate formée à l’étranger. Chacun de ces chapitres m’a permis de mieux comprendre ce qu’est réellement le travail juridique, comment les décisions commerciales sont prises et ce dont les clients ont réellement besoin. Mais une constante dans mon parcours canadien a été le soutien et la collectivité de l’Association du Barreau de l’Ontario, en particulier la section des juristes en contentieux, qui m’a donné une plateforme non seulement pour apprendre, mais aussi pour apporter ma contribution.
J’ai commencé à exercer le droit en Tanzanie, où la polyvalence n’est pas une option, mais une nécessité professionnelle. Le travail portait sur des questions relatives aux entreprises, au commerce, à l’emploi et à la réglementation, souvent dans des environnements en évolution rapide. Mes premières années m’ont appris à réfléchir de manière autonome et à combler les lacunes entre la théorie juridique et les réalités commerciales pratiques. En déménageant à Johannesburg pour rallier les rangs de Webber Wentzel, j’ai approfondi mon exposition aux transactions complexes et au rythme rapide de la pratique privée dans un centre d’affaires africain compétitif. C’est là que j’ai affiné la discipline, la précision et l’approche centrée sur le client qui m’ont façonnée depuis lors.
Lorsque j’ai déménagé au Canada et que j’ai rejoint Barrick Mining Corporation en tant que juriste d’entreprise, tout a changé. Soudainement, je ne me contentais plus de donner des conseils, je participais aux prises de décision. Le fait d’être intégrée dans une entreprise minière internationale a aiguisé ma compréhension du risque, de la stratégie et des pressions non juridiques qui façonnent les choix des entreprises. J’ai appris que les juristes en contentieux doivent être des traducteurs : ils doivent convertir les cadres juridiques en orientations opérationnelles, aligner les priorités concurrentes et aider les équipes à faire avancer les projets en temps réel. C’est un rôle qui exige de la confiance technique, mais aussi de l’empathie, du pragmatisme et le courage d’adopter des positions claires.
De retour en pratique privée au Canada, je me suis retrouvée à puiser constamment dans les deux mondes. Je connais les attentes des équipes juridiques d’entreprise : le besoin de réponses concises, de conseils orientés vers les affaires et de collaboration plutôt que d’analyse théorique. Je sais ce que les conseillers externes peuvent faire pour soutenir, accélérer ou ralentir involontairement une transaction. Et je comprends que les bons conseils n’ont d’importance que si l’entreprise peut les mettre en œuvre.
C’est aussi la raison pour laquelle mon engagement au sein de la section des juristes en contentieux de l’ABO a été si important. La section rassemble un groupe diversifié de juristes travaillant au sein d’entreprises, d’institutions publiques et d’organisations à but non lucratif, chacun d’entre eux devant faire face aux pressions uniques liées à l’équilibre entre l’intégrité juridique et les objectifs de l’organisation. Grâce à cette collectivité, j’ai pu constater de première main que le partage d’expériences peut élever la profession.
Récemment, j’ai eu l’occasion d’animer une table ronde pour la section des juristes en contentieux de l’ABO, qui réunissait des juristes d’entreprise expérimentés et des juristes externes pour discuter de la manière de travailler plus efficacement entre ces deux rôles. La conversation a mis en évidence des thèmes clés qui ont trouvé un écho en moi :
Des partenariats, pas des vases clos
Les juristes en contentieux veulent des partenaires externes qui comprennent le modèle de gestion, l’appétit pour le risque, les réalités budgétaires et les processus internes. Les avocats ont souligné qu’une collaboration efficace repose sur la clarté des échéanciers, des attentes et des objectifs réels de l’entreprise.
La communication est l’outil le plus puissant, tant dans le domaine du contentieux que dans celui de la pratique privée.
Le panel a souligné que la « surcommunication » est rarement un problème, alors que le manque de communication en est souvent un. En veillant à ce que les deux parties soient en phase, il est possible de réduire considérablement les coûts et d’éviter les faux pas.
Les conseillers juridiques externes doivent fournir des conseils exploitables, et non des notes de service portant sur la théorie.
Cette idée fait écho à ma propre expérience chez Barrick. Les entreprises veulent des solutions directement liées aux opérations, aux échéanciers et à la stratégie. Les meilleurs conseillers juridiques externes savent comment traduire la complexité en clarté.
Les juristes en contentieux subissent des pressions invisibles.
Les panélistes ont parlé ouvertement de la gestion des parties prenantes au sein de l’entreprise, de la préservation des budgets et de l’équilibre entre des priorités concurrentes, tout en garantissant la conformité juridique. Cela exige de la diplomatie, du courage et une réflexion stratégique.
Animer cette discussion a réaffirmé la raison pour laquelle la section des juristes en contentieux de l’ABO est une collectivité professionnelle si précieuse pour moi. Elle crée un espace pour des conversations honnêtes sur ce qui fonctionne réellement, sur ce qui ne fonctionne pas et sur la manière dont nous pouvons combler les écarts entre les points de vue qui sont internes et externes à l’entreprise. Il s’agit d’un forum où les juristes formés à l’étranger, comme moi, peuvent partager leurs connaissances internationales tout en apprenant des meneurs parmi les avocats en contentieux canadiens.
Aujourd’hui, alors que je me lance à mon compte, explorant et développant la pratique commerciale des entreprises, j’apprends que le paysage juridique évolue, qu’il existe différentes façons de pratiquer qui ne nous confinent pas nécessairement dans les mêmes structures historiques du domaine juridique. Le paysage juridique évolue, les budgets réduits et les mandats redéfinis signifient que les moules traditionnels sont remis en question de nombreuses façons. Les leçons tirées des deux côtés et l’engagement continu de l’ABO façonnent la façon dont j’aborde chaque dossier. Le fait de voir la profession juridique de ces deux points de vue m’a appris que des relations solides, une communication réfléchie et une compréhension profonde de la stratégie d’entreprise seront toujours plus importantes que la longueur d’une note de service. La section des juristes en contentieux de l’ABO renforce cette vérité quotidiennement, en nous reliant, en nous stimulant et en nous rappelant l’engagement commun qui sous-tend notre profession.